Confucius avait raison

De bergère à berger, je peux aujourd’hui vous l’avouer : Confucius avait raison. Pourtant confit de confusion, il avait longuement hésité à le faire savoir mais, par peur de représailles, il a capitulé et s’est mis à décrire l’ordinaire avec subtilité.

Et oui, je suis une bergère mais je n’ai ni dieu, ni Michel et encore moins d’archange Gabriel pour protéger le cul de mes arrières grands-parents. Pourtant, Confucius l’avait dit et presque prédit mais, à bien y réfléchir, lui ou un autre, le résultat aurait été le même et de toute façon, c’était tout de même à la portée de n’importe quel philosophe de comptoir ou de file de supermarché. N’importe qui aurait pu tirer de pareilles conclusions.

L’humanité, dans le fond, ne change pas. Ce qui change, c’est la forme quelle prend, son ramage, son plumage, sa plastique, ses avancées technologiques, l’évolution de son langage, de ses accoutrements, de ses rites… Mais, dans le fond, elle ne change pas.

Alors, depuis que l’humain est humain, on n’invente rien de neuf ou l’ampoule. On réinvente, oui. On réinterprète. On refantasme les mêmes aventures salaces de salon ou trivialités travesties, les mêmes reconquêtes de pouvoir, les mêmes romances, la même banalité. Mais, dans le fond, ça ne change pas.

Il y a des champions, des championnes, des shampoings aux pommes qu’on croit bonnes mais qui sont pleines de pesticides pour les pauvres pommes que nous sommes. Tout ça pour quelques profits, quelques conflits et beaucoup de facilités…

C’est ici que je vous ai perdu ? Reprenez plus loin.

Confucius avait donc raison mais peut-être pas sur tout. En fait, tout ça résulte de son habileté à choisir ses mots dans un certain ordre, savamment orchestrés de main de maître. Certains nous touchent aujourd’hui, d’autres nous toucheront demain puis, alors, peut-être, que ce qui nous avait touché hier, ne nous touchera plus du tout. Par contre, lorsqu’ils seront entendus par les derniers de la classe, ils n’auront pas la même rayonnance, la même raisonnance, la même raison rance. Pour ces autres, cette philosophie sera surannée et désuète car la forme et le langage ne leur évoqueront plus rien. Pas qu’ils seront vides de sens mais vides de CE sens. Ce qui revient à dire que quoi qu’on fasse tout se vaut et rien ne se compare, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Règle immuable applicable à l’évolution de l’humanité elle-même.

Et donc on en arrive à l’aquoibonnisme, philosophie malevitchienne sans le savoir. Que dois-je faire ? Où va-t-on ? Que fais-je et dans quel état j’erre ? Celle du milieu ? A moins qu’il ne faille plutôt voir l’étagère dans son ensemble, non ? Pas une simple case qui fait ce qu’elle peut mais un ensemble de cases évoluant tel un banc de poissons, un ballet d’oiseaux… Prenons donc un banc de recul, un ballet de distance, quelques pas chaloupés en arrière, loin de notre ego si contraignant et remettons les choses en perspectives :

Si on ne fait rien, ça ne changera rien mais si on décide de changer, ça changera tout !

Confucius par l'artiste chinois Zhang Huan

Confucius par l’artiste chinois Zhang Huan

Un peu d’humilité. Entre les génies, les HP, les simples d’esprit, les trop sains d’esprit, les bornés, les tolérants, les conciliants, les idéologues, les psychopathes et les fanatiques… et toutes leurs combinaisons possibles. Au milieu de tous ces cas particuliers, parmi ces étranges mélanges uniques en tous genres, nous ne sommes finalement qu’un ensemble de gens… ordinaires.

Un peu d’humilité. Le monde ne change pas grâce aux convictions d’un seul illuminé. L’illuminé est entouré, influencé, soutenu. Il y a quelqu’un pour lasser ses chaussures s’il n’est pas capable de le faire lui-même. Et celui qui lasse ses chaussures communique avec lui, influe sur ses idées à tort et même quand il avale de travers (avec elle ça marche aussi).

Un peu d’humilité et un peu de patience. Dans un monde où on peut accéder à tout, tout de suite, je vais vous annoncer quelque chose de choquant, d’autres diraient « de révolutionnaire » : le changement prend du temps. Rome ne s’est pas faite en un jour et surtout s’est défaite de façon lente et douloureuse. Quand la chute ressemble à un statut quo vadis in perpetuum et temporem (Jean Pierre Montlatin). Il nous reste alors que nos yeux pour ne plus rien voir des larmes qui nous échappent.

Binaire n’est pas simple. bipolaire non plus ! l’autre aussi. Merci pour eux.

Un peu d’humilité car 1 et 1, parfois ça fait 11 et personne ne s’en rend vraiment compte. Côté à côté à côte à côte… d’unités binaires ponctuées de zéros, car il en faut aussi, nous sommes un ensemble de données, les éléments d’une machine, les rouages parfois rouillés d’une mécanique dont on n’a pas toujours conscience et il serait d’ailleurs présomptueux de croire que ce grand tout, que certains appellent dieu, aurait la conscience de tous les petits bits qui le constituent. Même si aujourd’hui grâce au grand tchatte, les idées se partagent, se multiplient, se renforcent, pour le meilleur et, bien sur, pour le pire.

Chat-bit, les enjeux sont défais et restent les mêmes. Nous sommes distrais en permanence par ces merveilleux petits détails triviaux. Bref, pour faire court, il n’en reste pas moins que nous ne sommes que des petits riens au service d’un grand tout et que la foi en ce mouvement, que l’on appelle parfois changement de paradigme, ne nous appartient pas individuellement mais nous appartient à tous collectivement. Preuve, une fois de plus, que l’unité, la solidarité et le collectif sont des éléments fondamentaux à toute évolution contrairement au repli sur soi et à l’assèchement courroucé des relations humaines.

Pour ceux qui n’ont pas compris en quoi Confucius avait raison, tant pis pour eux ! Qu’ils cherchent encore ! Qu’ils activent leurs méninges jusqu’à ce que ça les conduise autre part, vers d’autres voix, d’autres chemins, parfois boueux, de leur esprit, ou de celui d’un autre, ou d’une autre. Peut-être  finiront-ils par considérer leur passage dans cette vie comme ayant du sens, qu’ils activeront leur volonté, qu’ils agiteront avec passion leurs bras, leurs jambes mais aussi leur tête. Mais surtout qu’ils n’arrêtent pas de chercher, tout en s’octroyant bien sûr quelques récréations triviales. Quoiqu’il en soit, la solution n’est jamais finale et encore moins ici, car après tout, ici… ce n’est qu’un blog.


En savoir plus sur Zhang Huan (en anglais)
En savoir plus sur Confucius


 

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